Intervenants

Table ronde 1 : Les valeurs du nouveau capitalisme

Introduction

La crise que nous connaissons est-elle purement technique, liée à un manque de prudence des banques, organismes prêteurs et des carences des autorités de surveillance ou est-elle un révélateur d’une crise plus profonde d’un capitalisme qui se serait éloigné de ses principes fondateurs ?

La question des liens entre l’éthique et le capitalisme est ancienne mais se pose aujourd’hui de façon aigue, à la fois théorique et concrète.

Le bonheur collectif peut-il émerger, de façon en quelque sorte automatique, grâce au seuls jeux cumulés de la recherche du proft individuel et du marché, comme le prétendent certaines lectures de La richesse des nations de Smith et de la Fable des abeilles de Mandeville ? La justice sociale, et l’optimum économique, sont-ils atteints lorsque l’on se contente de maximiser et d’ajouter la satisfaction personnelle d’un grand nombre d’individus, quitte à accepter le caractère inéluctable de l’existence de laissés pour compte du progrès ? Si oui, l’économie ne doit pas “s’encombrer” de considérations morales.

On peut au contraire penser, avec Max Weber, que le capitalisme s’est construit sur un système moral qui lui pré-existe. On peut surtout constater que la conception d’un homo oeconomicus rationnel, dépourvu de dimensions morales, non seulement est infondée, mais aussi, par sa pauvreté, s’avère souvent ineffcace. La réussite économique de certains pays ne peut être comprise si on se sert des seuls outils intellectuels de la “théorie générale”. Il faut mobiliser d’autres dimensions de la vie sociale, notamment des notions
comme la justice, ou la confance.

Se poser la question des valeurs du capitalisme ne se limite pas à un questionnement désincarné du lien entre éthique et économie. Cela conduit, par exemple, à s’interroger à la fois sur la légitimité ET sur l’effcacité des exigences des actionnaires en matière de rentabilité des fonds propres. Comment l’exigence de rentabilité excessive de court terme a-t-elle pu prendre un tel pouvoir sur les décisions stratégiques de certaines entreprises et sur l’emploi ? En est-on arrivé à un tel point qu’il faille constater une opposition entre capitalisme de spéculateurs et capitalisme d’entrepreneurs ? Avec la crainte, que la crise des subprimes ne nous permet pas d’exclure, que les excès ou l’absence de vertu d’une frange du capitalisme fnancier ne
fnisse par entamer l’adhésion des peuples à un système de production de richesses qui a fait ses preuves (à tout le moins qui a prouvé sa capacité à créer de la richesse, moins à la répartir) voire ne fnisse par se retourner contre le capitalisme lui-même.

La crise actuelle a une nouvelle fois conduit les États à intervenir sur les marchés, à la fois pompiers et assureurs en dernier ressort. Les États, donc les citoyens et les contribuables. Ceux-ci sont donc en droit d’exiger que les leçons de la crise soient tirées et que l’on redéfnisse les valeurs et les règles qui fondent tout système de production et d’échange.

Biographies

Président

Anthony Blair
Ancien Premier ministre, Royaume-Uni

Ancien Premier ministre du Royaume-Uni (1997-2007), Anthony Blair est aujourd’hui Représentant du Quartet au Proche-Orient. Il a par ailleurs lancé la Fondation pour la Foi Tony Blair, destinée à promouvoir le respect et la compréhension entre les grandes religions. Anthony Blair continue de s’engager pour l’Afrique et la lutte contre le réchauffement climatique. Il conseille ainsi les gouvernements du Rwanda et de la Sierra Leone, dans la conduite de leurs politiques nationales. Enfn, ayant été l’un des premiers dirigeants à mettre le climat au cœur de l’agenda international lors du G8 de Gleneagles (2005), Anthony Blair a lancé la Breaking the Climate deadlock initiative, destinée à créer un consensus politique international autour des questions climatiques.

Orateurs principaux

Jean-Paul Fitoussi
Professeur des Universités, Institut d’Études Politiques de Paris
Président de l’Observatoire Français des Conjonctures économiques (OFCE)

Jean-Paul Fitoussi est docteur d’État ès sciences économiques, de l’Université de Strasbourg, où il débuta sa carrière. De 1979 à 1983, il a enseigné à l’Institut Universitaire de Florence. Il est depuis 1982, professeur des Universités à l’IEP Paris et, depuis 1997, Président du conseil scientifque de cette institution. Il est Président de l’OFCE depuis 1990. Membre depuis 1996 de la Commission Économique de la Nation, il entre en 1997 au Conseil d’Analyse Économique auprès du Premier ministre. En 2000, il devient expert au Parlement Européen dans le cadre de la Commission économique et monétaire. Ses principales contributions ont porté sur les théories de l’inflation, du chômage, des économies ouvertes, et sur le rôle des politiques macroéconomiques.

Francis Fukuyama
Professeur d’économie politique internationale, Université John Hopkins

Francis Fukuyama enseigne l’économie politique internationale à la Paul H. Nitze School of Advanced International Studies de l’Université Johns Hopkins. Ses travaux portent sur la politique internationale, l’évolution technologique et les fondements culturels de la croissance et la bioéthique. Son ouvrage paru en 1992, La fn de l’histoire et le dernier homme a été traduit dans une vingtaine de langues et a établi la renommée internationale de son auteur. Francis Fukuyama a été membre du Département de Science Politique de la RAND Corporation à diverses reprises. Dans les années quatre-vingt il a été membre de l’équipe de planifcation du Département d’État des États-Unis. Il est actuellement membre du Conseil de Bioéthique du Président américain, George W. Bush.

James Purnell
Secrétaire d’État en charge du Travail et des Retraites, Royaume-Uni

James Purnell a été nommé Secrétaire d’État en charge du Travail et des retraites en janvier 2008. Il était auparavant Secrétaire d’État à la culture, aux médias et aux sports après avoir été ministre d’État en charge de la réforme des retraites. Auparavant, il était sous-Secrétaire d’État au Ministère de la Culture, des médias et des sports après avoir été assistant parlementaire du député Ruth Kelly. Avant d’entrer au Parlement en 2001, il était directeur en charge du plan de la BBC (1995-1997) puis conseiller spécial du Premier ministre à la culture, aux médias, aux sports et à la société de l’information de 1997 à 2001.

Michel Rocard
Ancien Premier ministre, Député Européen

Né en 1930, Michel Rocard est licencié ès lettres, diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris et a rejoint l’Inspection des Finances en 1958, au terme de ses études à l’Ecole Nationale d’Administration. Responsable des étudiants socialistes SFIO (1953-55), il devient Secrétaire général du PSU et se présente à l’élection présidentielle en 1969. Député des Yvelines de 1969 à 1973, il adhère au Parti Socialiste en 1974 et devient membre du bureau exécutif en 1975. En 1981, il est nommé ministre d’État, chargé du Plan et de l’Aménagement du territoire, puis, de 1983 à 1985, ministre de l’Agriculture. Élu député en 1986, il est nommé Premier ministre (1988-91), puis dirige le Parti socialiste (1993-94). Michel Rocard a été maire de Conflans Saint-Honorine de 1977 à 1994 et est, depuis, député au Parlement européen.

Amartya Sen
Professeur d’Économie et de Philosophie à l’Université de Harvard, Prix Nobel d’Économie 1998

Amartya Sen est professeur d’économie et de philosophie à l’Université de Harvard. Il était auparavant directeur du Trinity College à l’Université de Cambridge. Il a présidé les associations d’économistes les plus prestigieuses (Econometric Society, Indian Economic Association, American Economic Association et International Economic Association). Il a été le Président honoraire d’Oxfam, il en est aujourd’hui le conseiller honoraire. Les recherches d’Amartya Sen embrassent des disciplines variées comme l’économie, la philosophie et la théorie de la décision, notamment la théorie du choix social, l’économie du bien-être, la santé publique, les inégalités entre les hommes et les femmes, la philosophie politique et morale ainsi que l’économie de la paix et de la guerre. Amartya Sen a reçu le Prix Nobel d’Économie en 1998.

Discutants

Enrico Letta
Député, Italie

Député au Parlement italien depuis 2008, il a d’abord été Secrétaire général du Comité Euro du ministère italien du Trésor, ministre des Politiques communautaires et ministre de l’Industrie. Il a été député européen et responsable des affaires économiques pour le parti La Margherita jusqu’en 2006, où il devient Secrétaire du conseil des ministres dans le gouvernement de Romano Prodi.

Yaël Tamir
Ministre de l’Éducation, Israël

Née en 1951, professeur, docteur en philosophie politique de l’Université d’Oxford, elle fut parmi les fondateurs en 1978 du mouvement Paix maintenant. Elle rejoint le parti travailliste en 1995, et devient ministre de l’Immigration et de l’intégration (1999-01). Élue députée en 2003, elle devient ministre de l’Éducation en 2006.

Bénédicte Malvoisin
Étudiante à l’Institut d’Études Politiques de Paris.

Table ronde 2 : Mondialisation et justice sociale ?

Introduction

La question est de savoir si l’intensifcation des relations économiques, notamment commerciales, ne fait, par nature, que des heureux ou bien si elle doit être accompagnée d’une construction institutionnelle, qui contrebalance le jeu des marchés. Le développement des échanges internationaux et la disparition progressive des barrières provoquent-ils forcément une meilleure allocation des ressources et l’accroissement du bien-être, ou bien y a-t-il, à côté des gagnants, de nombreux perdants, voire des victimes ?

Ce débat porte d’abord sur les différents États et sur les inégalités entre États. Comment s’insérer dans la mondialisation ? Faut-il s’en remettre aveuglément au marché, au risque par exemple de sacrifer toute agriculture vivrière, comme l’ont fait certains pays, tombant sous la dépendance des fuctuations des cours sur les marchés mondiaux ? Ou bien faut-il “gouverner le marché” par l’intervention publique ? Pour certains experts, les pays qui connaissent aujourd’hui les plus grandes réussites sont précisément ceux qui n’hésitent pas, si besoin, à utiliser certaines armes protectionnistes.

Il est diffcile de dresser un constat global de l’impact de la mondialisation sur les pays en développement. Certains économistes mettent en avant l’augmentation des effectifs de la classe moyenne au niveau mondial, ainsi que le déclin du pourcentage et du nombre de pauvres. D’autres insistent au contraire sur l’aggravation des inégalités, internes autant qu’internationales. Le constat mérite d’être affné par régions
et par types de pays (émergents, intermédiaires ou très pauvres et endettés).

Il convient aussi de s’interroger sur les inégalités au sein de chaque pays, c’est-à-dire au sein des pays développés comme au sein de pays en développement. Leur creusement est-il dû à la mondialisation ? Ou à une nouvelle phase de la mondialisation, dans laquelle nous serions entrés depuis seulement quelques années ? Faut-il stopper ce dumping social par l’insertion de clauses spécifques dans les règles de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) ? Pour certains, ces règles protégeraient non seulement l’emploi des pays riches, mais aussi les conditions de vie dans les pays en développement. Pour d’autres, elles ne constitueraient qu’un protectionnisme déguisé de la part des pays riches, visant à priver les nouveaux concurrents d’une partie de leurs débouchés.

Le débat concerne enfn les règles dont il faut – ou non – assortir les échanges commerciaux et les mouvements de capitaux. L’introduction d’un organe de règlement des différends (ORD) au sein de l’OMC a-t-elle permis de faire progresser les considérations d’équité ? Le corpus juridique du commerce international peut-il rester totalement indifférent à certaines dimensions de la mondialisation, comme l’environnement ? La gouvernance mondiale qu’il faudrait organiser ne peut se désintéresser de la question de la redistribution. Faute de quoi, le risque existe de voir se multiplier les appels au protectionnisme et à la remise en cause des vertus de l’ouverture des économies et de l’échange international.

Biographies

Président

Pascal Lamy
Directeur Général de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC)

Pascal Lamy est diplômé de l’École des Hautes Études Commerciales (HEC), de l’Institut d’Études Politiques (IEP) et de l’École Nationale d’Administration (ENA). Il commence sa carrière à l’Inspection générale des Finances. Il devient ensuite conseiller du ministre des Finances, M. Jacques Delors, puis du Premier ministre M. Pierre Mauroy. A Bruxelles de 1985 à 1994, il est directeur de cabinet du Président de la Commission européenne, M. Jacques Delors. En 1994, il rejoint l’équipe chargée du redressement du Crédit Lyonnais, puis en devient le directeur général jusqu’à sa privatisation en 1999. Entre 1999 et 2004, Pascal Lamy est Commissaire au Commerce à la Commission européenne présidée par M. Romano Prodi.

Orateurs principaux

Neelie Kroes
Commissaire européenne chargée de la Concurrence

Neelie Kroes, née le 19 juillet 1941 à Rotterdam, Zuid-Holland, est une femme politique néerlandaise. Elle a également exercé dans le secteur privé. Neelie Kroes a été membre du Parlement (Chambre des députés) pour le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD). Elle a été ensuite Secrétaire d’État et ministre des Transports et de la Gestion des Eaux. Neelie Kroes a été membre des conseils d’administration de nombreuses multinationales, notamment MM02, Volvo, Thales, Lucent Technologies BV, New Skies Satellites, Corio, ProLogis International et Meyer Monitor. Elle est Commissaire européen à la concurrence depuis novembre 2004.

John Monks
Secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES)

John Monks débute sa carrière en 1969 au Trade Union Congress (TUC), l’organisation des syndicats britanniques, au sein duquel il deviendra chef du Département organisation et relations industrielles (1977), Secrétaire général adjoint (1987) puis Secrétaire général (1993). Depuis 2003, il est Secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, réélu en 2007. Il est par ailleurs membre du European Policy Center à Bruxelles, du Center for European Studies à Londres. John Monks est titulaire d’une licence en histoire économique de l’Université de Nottingham.

Kamal Nath
Ministre du Commerce et de l’Industrie, Inde

Originaire du Madhya Pradesh, Kamal Nath a rejoint le Parti du Congrès en 1968, et a été élu au Parlement pour la première fois en 1980 et ensuite réélu jusqu’en 2004. Ministre d’État chargé de l’Environnement et des Forêts (1991-95) puis des Textiles (1995-96), il est ministre du Commerce et de l’industrie depuis mai 2004. Il devient Secrétaire général du Parti du Congrès en 2002, et membre du comité exécutif du Congrès, l’organe de décision le plus élevé. Très impliqué dans les négociations de l’OMC, Kamal Nath est particulièrement actif sur les questions de développement rural pour les pays émergents.

Jean Pisani-Ferry
Directeur, Bruegel

Jean Pisani-Ferry dirige le centre de recherche Bruegel sur les politiques économiques en Europe (Bruxelles). Il est professeur associé à l’Université de Paris-Dauphine. Ses travaux récents portent sur les questions de politique économique européenne, notamment sur l’emploi et la croissance. Jean Pisani-Ferry est membre du Conseil d’analyse économique (CAE) du Premier ministre et du Groupe d’analyse de politique économique (GEPA) auprès du Président de la Commission européenne. Il est chroniqueur pour Le Monde et d’autres journaux européens.

Joseph Stiglitz
Professeur à l’Université de Columbia, Prix Nobel d’Économie 2001

Joseph E. Stiglitz est né en 1943 à Gary, Indiana. Il a étudié au Amherst College et a obtenu son doctorat au MIT en 1967. Il devien professeur à l’Université de Yale en 1970 et reçoit en 1979 le prix John Bates Clark. Il a enseigné au MIT, à Yale, Stanford et Princeton et a été professeur (Drummond) et chercheur au All Souls College à Oxford. Il enseigne actuellement à l’Université Columbia et préside le Columbia University’s Committee on Global Thought. Il reçoit le Prix Nobel d’Économie en 2001 à la suite de ses travaux sur l’information asymétrique dans les marchés. M. Stiglitz a été membre du Conseil des conseillers économiques dans l’administration Clinton de 1993 à 1995, puis a présidé ce Conseil de 1995 à 1997. Il a été ensuite économiste en chef et vice-président à la Banque mondiale de 1997 à 2000.

Giulio Tremonti
Ministre de l’Économie et des Finances, Italie

Élu depuis 1994 au Parlement italien, Giulio Tremonti a été le vice-président de la Chambre des Députés de la précédente législature.
Vice-président de Forza Italia, il a été plusieurs fois ministre de Sylvio Berlusconi, et nommé à nouveau ministre de l’Économie et des finances en mai 2008. Avocat de formation, Giulio Tremonti est professeur de droit fiscal à l’Université de Pavie, visiting professor de l’Institute of Comparative Law d’Oxford et continue de diriger la branche italienne de l’Institut Aspen. Son livre La peur et l’espérance, développe un argumentaire anti-mondialisation et plaide pour une politique économique européenne plus protectionniste.

Discutants

Wouter Jacob Bos
Vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pays-Bas

Né en 1963, diplômé de sciences politiques et d’économie de l’Université libre d’Amsterdam, il débute sa carrière chez Shell (1990-98). Élu député (Parti travailliste) de 1998 à 2000, il devient Secrétaire d’État aux Finances (2001-02). Redevenu parlementaire (2002-07), il préside le groupe travailliste parlementaire. En 2007, il est nommé Vice-Premier ministre, ministre des Finances.

Youssef Boutros-Ghali
Ministre des Finances, Égypte

Né en 1952, diplômé d’un doctorat en économie du MIT, Youssef Boutros-Ghali fut économiste senior au FMI (1981-86), puis conseiller économique auprès du Premier ministre égyptien (1986-93). Il occupa plusieurs postes ministériels de 1993 à 2004, aux portefeuilles de l’économie et du commerce extérieur. Depuis 2004, il est ministre des Finances, et a été nommé en 2008 Président du Comité monétaire et fnancier international.

Thomas J. Mulcair
Député fédéral de l’Outremont, Québec, Canada

Avocat, diplômé de l’Université de McGill, Thomas Mulcair est député fédéral depuis 2007. Il a été ministre du Développement durable, de l’Environnement et des parcs (2003-06) et auteur de la loi sur le développement durable au Québec. Il a été aussi député à l’Assemblée nationale du Québec (1994-2007).

Gong Cheng
Étudiant à la London School of Economics

Table ronde 3 : Comment peut-on réguler le capitalisme ?

Introduction

La liberté, l’esprit d’entreprise, le goût du risque, constituent le socle du dynamisme économique et de l’innovation. Mais ils peuvent être menacés par des comportements irresponsables de certains agents économiques. Ainsi, en 2008, la sophistication croissante des outils fnanciers, les excès de la spéculation et les carences des autorités de contrôle ont été des facteurs déclenchant ou aggravant la crise fnancière. Confortés par l’intervention des États, les politiques autant que les experts ont quasi unanimement demandé une régulation plus volontariste et plus contraignante des économies.
Mais s’il semble y avoir accord sur les principes, qu’en est-il des modalités de la régulation ? Mettons-nous
tous le même contenu derrière le mot ?

Il s’agit donc, dans cette table ronde, au contenu un peu plus technique que les deux autres, de préciser ce que peut être une régulation accrue et comment la mettre en œuvre de façon efficace.

Réguler, mais sur quelle échelle ? Quelle marge de manœuvre pour les États ou pour les unions régionales d’États ? La régulation n’est-elle pas menacée par l’existence d’États non coopératifs ? Comment faire partager l’exigence de régulation ?

Réguler, mais dans quels secteurs ? Le secteur financier apparaît, en première analyse, comme celui où la régulation est à la fois la plus nécessaire et la plus justifiée. Mais quel champ du secteur financier est donc concerné ? Comment éviter que les règles ne soient contournées ?
S’interroger sur la régulation du capitalisme fnancier revient, concrètement, à examiner les modalités actuelles de la surveillance prudentielle, dont il faut souligner qu’elle ne s’applique pas aux fonds d’investissement. Cela conduit aussi à s’intéresser au régime juridique des agences de notation. Faut-il réglementer, ou “noter”, celles-ci, par exemple au niveau européen ? Quant aux normes comptables, dont on sait qu’elles amplifent les tendances sur les marchés, faut-il les remettre en cause ou bien les ajuster ?

Qui doit réguler ? Quelle part relève de la régulation internationale et d’organismes qui pourraient être dotés de compétences accrues (par exemple le FMI) et conséquemment quelle régulation par les États ? Comment renforcer la coopération et la régulation préventive, la crise actuelle ayant une nouvelle fois démontré l’interpénétration croissante des économies et les risques systémiques que fait courir au monde
entier toute défaillance majeure locale. Doit-on encore plaider pour une autorégulation accrue de certaines professions ?

Biographies

Président

Ellen Johnson-Sirleaf
Présidente de la République du Liberia

Ellen Johnson-Sirleaf est née le 29 octobre 1938 à Monrovia (Liberia). Elle a obtenu un diplôme d’économie de l’Université de Colorado et un master en administration publique de l’Université Harvard. Mme Johnson-Sirleaf a été ministre des Finances sous la présidence de William Tolbert, de 1979 jusqu’au coup d’État de 1980. Elle a ensuite quitté le Liberia et occupé des positions de direction au sein de plusieurs institutions financières. Elle a été élue Présidente du Liberia en 2005 et a pris ses fonctions le 16 janvier 2006.

Orateurs principaux

François Chérèque
Secrétaire général de la Confédération française démocratique du travail (CFDT)Né en 1956, François Chérèque débute sa carrière comme éducateur spécialisé en pédopsychiatrie. Après onze années de responsabilités locales et nationales à la CFDT, il en est élu Secrétaire général en 2002, puis à nouveau en 2006. Dans Réformiste et impatient, un ouvrage publié en 2005, il livre sa vision de la société et des enjeux du syndicalisme. Il vient de publier un ouvrage d’entretiens Si on me cherche… François Chérèque est également membre du Conseil général de la confédération syndicale internationale (CSI).
Howard Davies
Directeur, London School of Economics and Political Science

Né en 1951, Howard Davies est titulaire d’une maîtrise en histoire et langues modernes du Merton College (Oxford) et d’un master en management de l’Université de Stanford, Californie. Après deux années comme Secrétaire privé de l’ambassadeur de Grande Bretagne à Paris, Howard Davies a travaillé pour McKinsey & Company à Londres (1982-87), puis en tant que conseiller spécial pour le Chancelier de l’Échiquier (1985-86). De 1987 à 1992, il a été contrôleur de la commission d’audit, avant de rejoindre la Confédération de l’industrie britannique en tant que directeur général (1992-95). Howard Davies a ensuite servi comme gouverneur adjoint de la Banque d’Angleterre (1995-97), avant d’être nommé Président de la Financial Services Authority (1998-2003). Il devient directeur de la London School of Economics en 2003.

Gamal H. Mubarak
Secrétaire général adjoint, Parti National Démocratique, Égypte

Né en 1963, Gamal Moubarak est titulaire d’un BA et d’un MBA de l’Université américaine du Caire. Après onze années au sein de la Bank of America, au Caire et à Londres, il a rejoint en 2000, le Parti National Démocratique. En 2002, il est nommé à la tête du Secrétariat Politique, organe élaborant les grandes orientations du parti. Depuis 2006, il est Secrétaire général adjoint. Il est membre du conseil de l’Arab African International Bank, et fondateur de l’Egyptian Center for Economic Studies. Il préside la Future Generation Foundation et la Future Foundation for Housing, deux ONG destinées à soutenir la formation de jeunes diplômés et professionnels et à favoriser l’accès au logement pour les foyers à faibles revenus.

Edmund Phelps
Professeur d’économie politique, Université de Columbia, Prix Nobel d’Économie 2006

Né en 1933, Edmund Phelps est titulaire d’un BA d’Amherst College (1955) et d’un doctorat de l’Université de Yale (1959). Après avoir enseigné au MIT et à l’Université de Pennsylvanie, il rejoint en 1971 l’Université de Columbia. Il y devient titulaire de la chaire McVickar d’économie politique en 1982 et fonde en 2001, le Centre sur le Capitalisme et la Société, qu’il dirige actuellement. Il obtient le Prix Nobel d’Économie en 2006. Ses travaux ont considérablement enrichi les théories de la croissance, mettant notamment en lumière la règle d’or dite de l’accumulation, les fondements microéconomiques de l’infation et du chômage ou encore les phénomènes d’inclusion et de dynamisme dans les systèmes corporatistes et capitalistes.

Jean-Claude Trichet
Président de la Banque centrale européenne

Jean-Claude Trichet est nommé Président de la Banque centrale européenne le 16 octobre 2003 d’un commun accord par les gouvernements des États membres ayant adopté l’euro, au niveau des chefs d’État ou de gouvernement, pour une durée de huit ans. Sa nomination a pris effet le 1er novembre 2003. Il est élu Président des gouverneurs des banques centrales du Groupe des Dix (G-10) le 29 juin 2003. Auparavant, Jean-Claude Trichet a occupé différents postes dans la haute fonction publique française. Il est directeur du Trésor de 1987 à 1993 et Président du Comité monétaire européen de 1992 à 1993, avant d’être nommé gouverneur de la Banque de France en 1993. Il est renommé à cette fonction pour un second mandat en 1999. Jean-Claude Trichet a présidé le Club de Paris (rééchelonnement des dettes souveraines) de 1985 à 1993.

Discutants

Zdeněk Tůma
Gouverneur, Banque Nationale Tchèque

Né en 1960, Zdeněk Tůma est diplômé de l’Université de Prague. Après six ans de recherches à l’Institut pour la Prévision, il est nommé conseiller auprès du ministre de l’Industrie et du commerce (1993-95) puis chef économiste chez Patria Finance (1995-98).
Il a été nommé gouverneur de la Banque Nationale Tchèque en 2000, puis reconduit dans ses fonctions en 2005.

Arseniy Petrovych Yatsenyuk
Député, Ukraine

Arseniy Yatsenyuk est un homme politique, un économiste et un avocat ukrainien. Il a été vice-président de la banque nationale de 2003 à 2005, ministre de l’Économie de 2005 à 2006, ministre des Affaires étrangères en 2007 puis Président du Parlement ukrainien jusqu’en novembre 2008. Il est actuellement membre du Parlement.

Lucas Chancel
Étudiant à l’Institut d’Études Politiques de Paris.